28/05/2007

Pierre Rey, Le désir

Retour sur un thème autour duquel se mêlent d’autres thèmes, eux-mêmes liés, pris dans les filets du Désir…

 

Quel effet mon passé a-t-il sur moi ?

Selon moi, sans passé pas d'avenir ! En effet, tant que l'on est dans le refoulement de son passé, dans le déni, l'oubli, la fuite... et bien on ne peut aller vers son avenir. Regarder en arrière, une bonne fois pour toute, c'est faire face à ses peurs, les affronter, ça sert à rien de les fuir de toute façon, elles sont en nous... Une fois qu'on a identifié ses peurs et autres sources d'angoisse, l'on apprend à les apprivoiser, à faire amie-amies avec elles. On n'oublie jamais rien, on vit avec, elles chantent Laura Pausini et Hélène Ségara... On peut s'égarer en cours de route sur ce long et beau chemin qu'est la vie, mais il y a toujours des éléments dans le décor (un arbre, une fleur, un cheval...) qui nous permettent de nous retrouver... Au besoin, procédons comme le Petit Poucet... Semons quelques graviers (pas la mie de pain, ça plaît trop aux oiseaux !). Quelques pierres qui s'amoncellent jusqu'à ce qu'un jour il y en aient suffisamment pour construire une jolie maison ! Un ptit toit sous lequel on est enfin soi... Et là, plus besoin alors de se retourner vers son passé, il est bien au chaud en nous... Et nous on peut enfin aller au devant de la vie et de nos envies...

 

Pourquoi ai-je si peur ?

La peur, l'angoisse... Peur liée au passé, quand on n'a pas encore compris où y'avait eu douleur... Peur de se tourner vers l'avenir aussi, et je pense à la jeune fille, plus vraiment adolescente, que j’étais, et qui a eu si peur de s'envoler du cocon familial... Tout en vivant mal d'y être "maternée"... Je repense à cette image du cheval sauvage qui veut être libre, qui brûle d'envie de s'échapper du champ clôturé, mais qui se résigne finalement à y rester et à se laisser dompter... à se laisser diriger. Difficile d'accepter la résignation... Et donc, comme on n'est pas en accord avec soi-même, on dit son refus, son désaccord par un comportement alimentaire "déviant" par rapport à une norme à laquelle on refuse de s'identifier...

 

Et c’est là que j’arrive à ce livre de Pierre Rey, Le désir. En voici quelques passages, qui m’ont parlé, et que j’ai eu envie de vous faire partager… Pierre Rey cite Spinoza, lequel, dans son Ethique avançait que : « Ce ne sont pas les objets qui produisent le désir mais le désir qui fabrique ses objets. Aucune chose en soi n’est désirable ». Aristophane parlait quant à lui de « s’accomplir dans l’inachevé ».

 

Rey raconte combien il est difficile de supporter, malgré le manque, ce qui nous est imparti de vie. Dur de se supporter. D’apprendre que, dans l’illusoire espoir d’en occulter la béance, il convient de faire au manque l’offrande d’une multitude d’objets qui auront à peine plus d’effet provisoire qu’un emplâtre sur une jambe de bois. De l’admettre, à défaut de s’y résigner, et d’en assumer le fait en sachant bien que jamais, rien ni personne n’y pourra changer quoi que ce soit.

 

Le désir nous dépasse. Y réfléchir conduit à une impasse : le désir ne peut être dit. Et tout désir n’existe que d’être indicible.

 

Paradoxe. Il faut saisir sa chance d’énoncer son désir. Parce que quelque chose se cabre devant le désir. Intuitivement, chacun pressent que si l’on suit sa pente, tôt ou tard, il faudra en payer le prix…

 

Rien n’est innocent dans le désir. Nul n’en sort indemne. Nul n’y a accès sans prendre le risque d’atteindre la vérité absolue de son être. On comprendra que très peu aient envie de l’affronter. On renonce, donc. Avec l’avantage de mettre sa peur sur le compte de la vertu. Et surtout en s’abritant sous le parapluie de l’ordre établi. Conforts sociaux, positions, carrière, alliances… Autant de compensations offertes à tout amateur de respectabilité prêt à abjurer son désir pour un fantasme de notable. Le ratage, c’est lorsque l’homme devient la fonction qu’il occupe. Longue dérive victorieuse dans laquelle son essence se dissout. A défaut d’être quelqu’un, il est devenu quelque chose. Ce qui se perd appartient au registre de l’âme.

 

Oublieux de ce qu’il aurait pu être, il s’y est dissout, s’infligeant ainsi la pire trahison dont un homme puisse se rendre coupable envers lui-même : céder sur son désir. « Faites vos jeux, rien n’est joué, tout est jouable ». Et pourtant tout est scellé…

 

La Détresse : Entre désastre et désêtre. Entre désir et désarroi. Elle ne tient qu’à un fil. Le fil infime qui m’en sépare. Tout peut basculer, toujours. Le désir mène le jeu. N.B. : Et le désir mène le « je » !

 

Quand je serai grand, je serais… Conditionné, par l’inconditionnel : Le hasard, c’est le désir de l’Autre. C’est pourquoi les enfants, trop souvent, deviendront ce qu’on voudrait qu’ils soient… Ou le contraire, ce qui est la même chose. N.B. : le contraire, c’est-à-dire ? Les enfants qui voudront être ce qu’on voudrait qu’ils deviennent ?

 

On comprendra combien il est nécessaire de chercher ses propres fragments, ceux qui structureront notre vie. Fragments comme autant de ponctuations de ce que je suis, ce que je veux, du désir qui me porte. Il n’y a pas d’autre lieu où situer l’essence. Essence qui est le produit de tout ce qu’on a vécu. Ce TOUT concentré en un seul point du temps, tous temps confondus, présent, passé et avenir.

 

« La liberté est ailleurs, elle est rupture », ajoute Pierre Rey. N.B. : Ailleurs par rapport à où ? Rupture avec quoi ? Avec qui ? Avec ses origines, ses racines, son destin tout tracé ???

 

Quelqu’un qui est toujours en retard

Pourquoi ? Pour retarder la mort. Toute action menée à bien, achevée, peut renvoyer à sa propre fin. Choses que l’on brûle d’accomplir et que l’on remet à plus tard. Les laisser en l’air. En ne les accomplissant pas, en les retenant suspendues, on laisse son désir intact, on se garde désirant.

 

Illusion enfantine

Comment la mort pourrait-elle s’arroger le droit de mettre un terme à mon existence  avant que j’aie accompli les choses pour lesquelles Dieu m’avait prêté vie ? Prêter. Parce qu’il la reprend en fin de partie…

Eviter que la boucle ne se referme. Garder le désir à distance de peur que, l’assouvissant, on se sente exclu du désir.

 

Conclusion

Il faudrait tout brûler de temps en temps. Avant que le temps ne nous fige. Afin d’être autre, neuf, comme né de l’instant. Effacer de notre mémoire une décennie de notre vie. Passé englouti, aboli, gommé, perdu à tout jamais.

 

Et puis, bizarrement, une légèreté soudaine. Envolée cette pesanteur des choses que nous trimbalons tous dans nos trousses de survie.

 

N.B. Pour VIVRE et non plus SURvivre, une solution : éliminer le SURplus, le SURfait, le SURabondant, le SURanné… Se débarrasser des fragments du passé, c’est comme quitter une vieille veste qui aurait trop servi.

Soulagement. Recommencer ?

Mais le commencement n’existe plus. Alors ?

 

JE COMMENCE !!!! Encore et encore… C’est que le début. D’accord ? D’accord. En ACCORD…