31/05/2007

Appât, Tics et Toc-Toc

Avant de passer au dialogue entre Céleste et sa ptite soeur Amélie (cf. article ci-après Le sac à mot de Céleste), voici tout d'abord, en quelques lignes, une ptite chronologie de l'âme et du coeur de ce personnage qui est venu me tenir compagnie durant ces longs mois d'hiver (Janvier 2003 pour être exacte) passés en Corse... A l'époque je n'avais pas internet... Et surtout, j'avais fait le vide autour de moi !! Histoire de plonger au coeur du tumulte... Avec l'espoir d'en ressortir, et d'enfin accéder à la sérénité...

 

Appât, Tics et Toc-Toc

 

Du haut de ses dix ans, Céleste se pose tout un tas de questions. Elle demande des réponses à son père, Henri, le vendeur de lilas, à sa mère, la belle Hélène, confectionneuse de tartes aux fruits, et à sa grand-mère, Hannah, qui traverse le temps.

 

Céleste a les yeux violet-gris. Lumière céleste, Céleste rayonne et innonde le gris de sa lumière couleur Parme, comme la ville d'Italie où Stendhal situe sa chartreuse. C'est quoi au fait une chartreuse ?

 

Céleste a une petite soeur qui s'appelle Amélie, petit bout de chou de cinq ans avec de grands yeux marrons malicieux qui virent au noir quand elle n'est pas contente. Ah c'est pour ça qu'on dit avoir un regard noir ? Et tous les gens qui ont les yeux bleus, ils sont tous amoureux ? Ceux qui ont les yeux verts ont plein d'espoir dans le regard ?

 

Céleste aime le bleu. Mais pas tous les bleus. Pas ceux que l'on se fait en se cognant contre les coins de table parce qu'il fait trop sombre pour y voir clair. Bleu sombre, bleu clair, bleu ciel. C'est là que Céleste veut aller parce qu'elle sait qu'elle s'y sentirait bien. Pourtant il y a des fois du gris avec les nuages. Et Céleste déteste le gris. Elle aime le blanc ou le noir.

 

Quand on regarde Céleste dans les yeux, on voit deux couleurs. Et quand elle se regarde dans la glace, elle voit du violet qu'elle aime et donc le gris qui n'est pas son ami. Sa meilleure amie c'est Amélie, sa petite soeur aux yeux rieurs et à la bouche rimeuse. Elle imite trop bien Aldo Maccione dans le film L'aventure, c'est l'aventure, du chat Lelouch, cinéaste aux treize vies. Et comme aldo à messieurs Ventura et Brel, elle apprend à Céleste à défiler sur les plages en faisant les maques. La classe, quoi...

 

- "Dis maman, pourquoi je suis pas un garçon" ? demande Céleste.

- "Occupe-toi d'Amélie", répond la belle Hélène de troisième zone.

 

Oui mais Amélie elle, elle s'occupe de Robert. Et Robert c'est pas un garçon. C'est une fille aux yeux bleus. C'est une princesse et elle chante. Où vit-elle ? Dans un chateau gombert où elle attend son prince de Lu ? Tous les jours elle se regarde dans son miroir sans teint et sans bruit. Elle lui demande :

 

- "Tu veux du chocolat Milka" ?

Et il lui répond : "Tin-tin" !

- "Tu veux de la tarte tatin" ?

- "Tin-tin. Et en plus on avait dit que du zéro pour cent"...

 

Ah ! Tintin, la Castafiore et ses bijoux volés par une pie bien nommée... Tintina-buller et bulle de chewing-gum. Tintamarre et la mare aux vilains canards, futurs cygnes, mais bêtes comme des oies... Coin-coin fait le canard. Hi-han fait l'âne. Meueuh fait la vache qui regarde le train passer. Tchou-tchou fait ce train qui n'est pas fait pour aller à un rendez-vous amoureux. Dommage.

 

Tic-tac fait l'horloge. Tic et Tac sont deux écureuils. Le premier a des toc. Le second a la réplique facile face aux soubresauts du premier. Une soubrette a-t-elle pour vocation de se faire retrousser ? Un petit tablier blanc, une robe noire courte sur des bas de soie. Un chignon banane qui se défait et Emmanuelle se lève de son fauteuil à l'orchidée fânée pour chanter :

         "Et moi je vis ma vie, à pile ou face, tous mes sentiments à pile ou face...".

 

Céleste a quatre ans. Elle a peur du chien Voyou qui lui court après. Galope galopin. Cours vite. Si je t'attrapes je te mords... Le petit poucet a semé tous les graviers. La deuxième fois, il a pris du pain. La mie, ça plaît aux oiseaux.

 

- "Mamie, c'est beau là-haut ? Mamie, fais-moi des yaourts comme la Nova de la télé. Mamie, si je te demande de m'éplucher une pomme, tu vas pas la manger tout en la pelant ? Dis mamie, pourquoi tu as eu sept enfants ? Pour consacrer chaque jour de la semaine à l'un d'entre eux ? Tu t'occupais de maman quel jour, le dis manche pour pouvoir lui mettre des culottes courtes ? Et pourquoi treize ça porte malheur ? Parce que dans ce cas lorsque mon patron me proposera le treizième mois, il ne faudra rien que j'achète avec cet argent qui poisse. Pourquoi il y a neuf mois dans une grossesse ? Pour que la future maman ait suffisamment de temps pour devenir énorme et avoir des grosses envies du chocolat nesquik à la fraise" ?

 

Céleste a dix ans et son père Henri lui raconte de belles histoires le soir pour l'endormir quand le tonnerre gronde. Mais la nuit sans bruit effrait bien plus encore que le bruit de la tempête. Céleste se heurte aux maux d'esprit maléfiques. Elle fait aïe, ouille au son de ces mots qui font mal. Et elle a des bleus à l'âme. Chut. Oui mais le silence aussi détruit. Alors le dit peut devenir salvateur face au non-dit ravageur.

 

- "Dis papa, pourquoi les hommes me regardent de cette façon" ?

- "Parce que tu es jolie comme un coeur rouge comme tes joues, comme une rose comme ton teint et comme un lilas comme la couleur de tes yeux", répond papa Henri le fleuriste place st valentin.

- "Qui sera mon prince charmant dis papa" ?

- "Celui qui t'apportera une tulipe noire avec un billet doux où il y aura écrit "ainsi faon, faon, faon les petites couettes de mon petit écureuil énamouré dans sa tour de vair".

- "Et comment il s'appelera alors ? Don Diego, Don José ou Don Juan" ?

- "Non, ni un zorro, ni un carmélite ni un casanova ma fille. Un siddharta doté d'un bon sens de l'humour te conviendra mieux qu'un con trop sanguin"...

- "J'irai bien refaire un tour du côté de chez Swann pour me mettre à l'ombre des Guermantes en fleur... Et qui sait, peut-être voir la chartreuse toute de mauve vêtue en train de casser les oreilles de Carmen en chantant la traviata. Qui veut mes oeillades rouges messieurs" ?

 

Céleste a seize ans. Elle fait des danses dans la chambre de sa tête.

 

- "Maman, j'ai peur de grandir".

- "N'aie pas peur petite fille. Désir de femme n'annule pas l'âme".

- "Mes états d'âme valent-ils la peine d'être comptés" ?

- "Non, pas quantifiables. Racontables".

 

Si le désir m'était conté, il prendrait corps dans quoi ? Une fleur, un mythe ? Ou dans mon oeil pour que je puisse regarder le bonheur dans le blanc des yeux... Avec toutes les teintes couleur crayons pastel. Pour dessiner un mouton avec du rose bonbon et de la guimauve. Un mouton sans troupeau, sans le berger Panurge. Plus de Cerbère pour bien garder les secrets dans la malle vieux rose fâné.

 

Céleste a dix-neuf ans. Elle tombe amoureuse de Simon. Le preux chevalier Tricard. Simon aime son rire enfantin. Il lui dit qu'elle a les cheveux trop longs. Il la fascine avec ses états d'âme en zig-zag.

 

- "Mamie, tu es partie trop vite. C'était la fête des amoureux et depuis j'ai peur d'être amoureuse. Je peux maintenant ? Quatre-vingt treize, c'était pas une bonne année. Ni un grand cru. J'y ai pas cru de toute façon. Pas un jour. Mais des nuits... sans soleil. Dans l'ombre, la pénombre et le froid. A quand le dégel ? Demain ? C'est un autre jour. Jour autre, au grand jour. Au grand dam de la dame aux camélias. Dim dam dong. Ding dong fait l'horloge qui marque au fer rouge la psyché des clic et des claques que l'on se prend parfois. Quelle heure il est" ?

- "L'heure de dormir au pays des songes d'une nuit d'été. Bonne nuit les petits. Sogni d'oro. Boucle d'or et les trois ours. Maman ours, papa ours et bébé ours. Un ourson c'est tout mignon. Allez, ferme les yeux maintenant. N'aie pas peur de ne plus respirer une fois les paupières closes sur les offres du désir. Tu n'étoufferas plus jamais ma chérie. C'est mamie qui te l'a promis"...

Le Sac à mots de Céleste

Céleste et Amélie... Ptit dialogue que j'ai écrit courant Janvier 2003... Lors de ma "retraite" en Haute-Corse... Querciolo... Village quasi désert en hiver... Balades au bord de l'eau... Et le nom d'une maison en bord de route... Céleste donc... Ptite précision, j'étais en plein dans ma période "caféinée"... Café à haute dose libère l'inconscient... Ecriture automa-tic et surréaliste...

 

Le sac à mots de Céleste

(extrait)

 

Céleste

Les mots se sont des valises. Et j'adore partir en voyage, un sac rose sur le dos et un walkman sur la tête. Pot pourri de musique couleur lavande dans un vase transparent comme l'eau claire. Jeter l'eau propre. Garder la sale donc et demander à Coluche quelle marque de lessive employer pour rendre le rire, qui est le propre de l'homme, plus blanc que blanc.

 

Amélie

On peut rire avec un nom propre. C'est quoi un nom sale ? Un qui fait pleurer ? Et un gros mot ? Parce que les plus gros gros mots sont souvent tout petits comme les petits peutons. Berthes, elle avait de grands pieds.

 

Céleste

Adieu Berthes. Napoléon, lui, il était petit mais avait de grandes ambitions. Qu'est-ce qu'il cherchait dans son gilet ? Et sa main derrière le dos, elle tenait un bouquet pour Joséphine ? Si oui, c'était quoi comme fleurs ? La fleur au fusil, rose ou violette ?

 

Amélie

Parme à moitié, c'est du gâchis. Parmentier c'est du hâchis. On dit voir midi à sa porte. Pourquoi pas minuit à sa fenêtre pour guetter son Roméo et filer le guillet doux comme on file une métaphore. Effilée ou oblongue, la comparaison devient phallique pour l'étoile filante hystérique.

 

Céleste

Trainée de rimel sur les joues, trainée de poudre sur une table basse. Se trainer dans la poussière d'ange, ou dans la gadoue avec la Jane de Serge et pas de Tarzan. Le zan c'est du réglisse qui colle aux dents de Melissa, la métisse d'Ibiza aux seins en forme de poire belle-hélène et qui mange des pommes golden-aux galas de charité et des fraises tagada tsoin-tsoin à dada sur son bidet. Vous avez déjà essayé de vous laver vous à califourchon et en dansant la lambada ?

 

Amélie

Cela provoque des lumbagos disent les kiné si thérapeutes dont la force réside dans les doigts et le doigt thé en particulier. Thé ou café ? Café crème, liégeois, viennois ou chocolat. Chicorée, monstre du loch Nes ou du Nes café frappé. Plouf plouf ou plouf plouf plouf. Ce sera toi qui...

 

Céleste

Qui quoi ? Qui aura un café long ou bien serré pour une pause tendresse avec Véronique et Jeannot le lapin qui fait ouahan, ouahan dans son avion. Moi non plus je n'aime pas les hommes lourds. Je n'irai donc pas à Lourdes pour voir le miracle se produire mais à Rome où l'on se rend par n'importe quel chemin. Romulus et Rémus ont bu le lait de la louve. Une louve ça ressemble à une chienne dans un jeu de jonquille ou à Miss tigris la chatte grise qui voit mieux la nuit de son regard persan.

 

Amélie

Dit-on un perce-oreille ou un pince-oreille ? Oreilles percées avec un clou pour mettre des boucles ailleurs que sur mes cheveux que je lisse parfois. Qui est-ce qui n'est pas lisse ? La Palisse, celui qui a dit des évidences... Quand il est mort, c'est la bêtise des autres qui l'a inscrit dans l'histoire. A tout jamais condamné à passer pour l'idiot du village. Parce que dans les villes, il n'y en a pas des idiots peut-être ?

 

Céleste

Et commander à la Redoute, cela vous inspire confiance à vous ? J'ai un doute quant à sa brillante réussite. Echec et mat pour ces fous de gaulois. Alors je rends à César ce qui lui appartiens. Le reste je le donne à Jules qui vit à vingt mille lieux sous la mer caspienne pour éviter qu'on vienne lui casser ses pieds de biche à l'oeil de velours. Tu me vois ou tu me vois pas ? Pourtant je suis là. En face de toi. Ouh ouh...

 

Amélie

Choupinette, chouquette, met un chouchou pour jouer au pilou-pilou avec calou et cilou. Mi-loup s'en va au carnaval de Venise où Casanova a été condamné à pousser des soupirs sous la fenêtre en noir et blanc de la fille sur le pont neuf. Merci Patrice pour ces contes perchés sur les toits où errent les cats eyes à la démarche chaloupée.

 

Céleste

Chat loupe à la mère qui donne des vêtements informes aux filles de la nuit pour cacher leurs formes naissantes dont la générosité attire des regards con-cul-pissants. Cacher ce que l'on veut montrer ou montrer ce que l'on veut cacher. Visage de femme sans corps ou corps d'homme sans visage peuvent-ils envisager de vibrer au son des mêmes accords ? Parce que si l'amour est aveugle, les voisins y voient bien quant à eux. Ils se rincent les yeux à l'eau de ces histoires où la mauvaise mère embrasse la bonne soeur sur la bouche. La première est une brune qui a compté et qui s'appelait Teresa. La seconde était une blonde aux jambes longues. Sensuelle Emmanuelle a-t-elle un ticket chic ou choc ?

 

Amélie

Choc à pic sur les mots qui glissent sur la neige d'une pente endeuillée pour conduire au pays où le noir est couleur et où les chiens se mettent à chanter Elisa, Elisa, Elisa saute-moi au cou. Elisa, tes vingt ans, mes quarante...

 

Céleste

Non, moi c'est pas Elisa, c'est Céleste. Rouges ou bleues, les passions sont primaires ou secondaires. Les couleurs chaudes s'accouplent en laissant parler leurs instincts. Les canards aux couleurs froides passent d'abord leur bac avant de crier : "Donald, bête de sexe, fais-moi l'amour ou je ne réponds plus de mon corps". La pauvre Daisy doit pas beaucoup s'éclater au lit alors. J'ai quant à moi longtemps couché dans celui d'un psy jusqu'à réaliser qu'en fait de lit c'était un divan terriblement réflechissant.

 

Amélie

Miroir d'angoisse où l'on se laisse happer jusqu'à s'enfoncer dans la vase d'histoires au sang mêlé de blessures-écorchures trop vivaces. Ecorchée vive ? Se blesser alors qu'on est mort, ça rime à quoi de toute façon ? Croquer d'abord la pomme d'un coco, Adam triste drille et puis aller se faire voir ailleurs sans trouver quoi se mettre sous la dent.

 

Céleste

Croc-croc, je craque et succombe à la tentation... Un, deux, trois jours crescendo où j'avale, j'avale et cherche à me recrâcher. Jusqu'à ce que je rejète du sang. Grenouille qui devient boeuf, pari gagné ? Mal, mal, mal à l'estomac tout gonflé et écoeuré par la chantilly. C'est bon la chantilly.

 

Amélie

Pas la ville mais la mousse blanche que l'on met sur un chocolat chaud pour partir à Vienne. Dans cette ville, on mange que des croissants, dit Martine petite maman à grand-mère Paquettini. Viennoiseries, chinoiseries, chapeau chinois et palanquin des larmes. En Chine, on fait que la brocante.

 

Céleste

Pas de meubles neufs ? Le gris s'installe. Pas de blanc ni de noir alors ? Je peux pas aller voir Pékin. Je n'aurais jamais de chien pékinois. C'est bien en Chine au fait Pékin ? Parce que si ça fait comme Gênes qui n'est pas en Suisse. Non Amélie, en Suisse, c'est Genève. Tu confonds parce que en italien, Gênes se dit Genova. Et en Autriche, je sais mamie, il n'y a pas de kangourous. C'est moi qui me suis trompée en parlant d'Australie comme prochaine étape après la forêt noire. Non maman, pas le gâteau, mais ce magnifique endroit vert en allemagne…

 

29/05/2007

Stage d'écriture de conte - Octobre 2003

Et ben ça c'est le conte que j'ai écrit lors d'un deuxième stage d'écriture,

 C'était en Octobre 2003, dans un autre ptit village de Corse...

 

        Crise en  t’M    

Ptit extrait

 

Il était une fois une forêt enchantée. Dans cette forêt vivait une lutine prénommée Solea. Comment vous la décrire ? Déjà sa taille : haute disons comme environ… huit pommes. Ses yeux : bleu canard. Ses cheveux : couleur de feu. Sur sa tête, un chapeau-caméléon qui changeait de couleur pour s’assortir à ses habits. Et oui, mademoiselle était une coquette ! Ah et puis elle avait un pouvoir magique : celui d’inoculer le virus de l’amour. Comment ? Vous ne savez pas ce que veut dire « inoculer » ? Et bien tout simplement injecter dans l’œil de quelqu’un une potion miracle confectionnée avec tout un tas d’ingrédients secrets. Mais attention, pas dans n’importe quel œil. Le gauche. Celui du cœur.

 

Il était une deuxième fois un bois dormant. Pas une forêt enchantée mais un bois qui avait décidé de se mettre en veille et de se plonger dans un profond sommeil. Dans ce bois dormait une deuxième lutine qui s’appelait quant à elle Luna. Elle non plus n’était pas bien grande. Elle avait des cheveux couleur jaune paille et des yeux bleu nuit. Son chapeau-caméléon changeait de couleur en fonction de ses états d’âme. Bien évidemment, comme elle dormait, elle portait toujours son pyjama blanc. Ce dernier était maculé de « touspetitsminuscules », grains de poussière d’ange quasiment invisibles à l’œil nu.

 

Il était enfin une troisième fois, la bonne cette foi,  une ville sur la côte d’Azur - ou celle d’Adam, je sais plus. C’est dans cette ville que deux êtres se rencontrèrentDieu sait comment, mais heureusement moi aussi ! - et s’aimèrent. Bon. Jusque-là me direz-vous, quels rapports entre les trois fois ? Mais laissez-moi poursuivre s’il vous plaît.

 

Donc Sun B., charmant jeune homme de 33 ans, vivait dans un deux pièces sympa à Hipocrit-City. Tous les jours il allait à la pêche au minuscule et il ramenait parfois quelques uns de ces êtres tout petits que l’on peut soit pêcher à la ligne lorsque l’aube se lève, soit pêcher au filet lorsque le soleil se couche. Sun préférait y aller en pleine nuit avec son masque vénitien et son tuba sicilien. Mais c’est l’ange masqué Marina qui lui offrit sa plus belle prise. En tirant, non pas des flèches mais des boules de feu Faux-Laid, elle lui permit de rencontrer Holly Moon, une Lempicka de 15 ans. Celle-ci vivait avec son père Charles dans une petite maison près d’Hipocrit-City. Ils tenaient ensemble « La Cruche Locale » où ils vendaient surtout du miel et des myrtilles. Par une belle nuit sans étoiles, Holly se promenait au bord de l’eau quand, l’espace d’un éclair, elle crut voir un beau minet. Marina avait fait sa boule. Sun en resta bouche baba devant l’air cool de la lolita. Je vous passe tout le tintouin des premiers émois : baise-main, baise-cou, baise-bouche et… STOP ! C’est un conte pour enfants, non ? Parce que si c’est ça il faut mettre un petit triangle en bas de la page et du coup moi mon histoire je la transpose aux Bermudes ! Non ? Bon alors je continue.

 

C’est alors qu’ils se marièrent et, un beau matin d’Avril, la jolie Holly prit un drôle de coup de soleil. Elle se retrouva alors avec deux cloques… à l’âme. Mademoiselle Moon, qui entre-temps était devenue Madame B., ne put cacher longtemps qu’elle était pleine. Les futurs parents laissèrent éclater leur joie. Mais leur bonheur tout neuf devait être hélas de courte durée…

            En effet, depuis la nuit des temps, le Père Noé revenait tous les ans et changeait l’amour en haine, la gentillesse en méchanceté, la sincérité en hypocrisie, le bonheur en malheur… Nous étions au mois de Décembre de l’an 2993. La neige avait étendu son grand manteau blanc et c’était justement l’horrible nuit de Noé. La pêche était terminée et Sun venait de rentrer chez lui. Il s’adressa à Holly :

 

            « On a annoncé un déluge pour cette nuit. Tu te souviens de celui qui a ravagé la ville il y a sept ans ?

 

Assise au coin du feu et perdue dans ses pensées, cette dernière tarda à répondre :

- Non. Je sais juste par papa que c’est cette nuit-là qu’a disparu ma mère.

 

Soudain, Holly fut prise d’une terrible douleur et se mit à crier :

-Je perds les eaux Sun, vite, fais quelque chose… ».

 

Sun, complètement affolé, courut à la Cruche Locale chercher son beau-père. Peut-être que lui saurait quoi faire. Entre temps, un vent violent s’était levé et des trombes d’eau s’étaient abattues sur la ville. Le tonnerre gronda et la foudre frappa le toit de l’épicerie dans un bruit effroyable. Le niveau de l’eau continuait de grimper à une vitesse vertigineuse. Sun avait mis son masque et son tuba. Il nageait plus qu’il ne marchait à présent. Il parvint tant bien que mal à revenir sur ses pas. Il se retrouva dans son salon qui était complètement dévasté. Tout comme le reste de la maison d’ailleurs. Et Holly avait disparu… A l’aube, le silence avait remplacé les grondements du tonnerre. La ville semblait déserte. Petit à petit quelques personnes s’étaient risquées à sortir de leurs abris de fortune. Tous se désolaient devant les ruines de leurs habitations. Charles se lamentait lui aussi. Mais pas parce que sa « Cruche » était cassée. L’eau semblait en effet avoir emporté avec elle sa fille et son beau-fils. Mais elle avait laissé quelque chose… Ou plutôt quelqu’un. Le vieil homme avait entendu des pleurs d’enfant. Il souleva des montagnes de débris et finit par trouver un nouveau-né emmitouflé dans un tissu de satin moiré. La pluie avait laissé la place au beau temps et derrière l’arc-en-ciel pointaient les rayons du soleil. Il décida d’appeler l’enfant Solea.

 

La petite fille grandit, élevée par son grand-père. Et lorsque l’heure fut venue pour lui de mourir, il l’appela à son chevet et lui confia une clé de forme étrange. Solea était âgée de quatre ans et elle se retrouvait toute seule. Elle fut envoyée dans un orphelinat situé en plein cœur de la forêt enchantée. Elle y découvrit tout un tas de petits animaux qui devinrent ses seuls véritables amis. Il faut dire qu’elle se sentait différente des autres enfants à cause de ses pouvoirs qui grandissaient avec elle. Mais pour l’instant elle ne savait pas trop les maîtriser ni à quoi ils pouvaient bien servir. Elle savait par contre que c’était un certain Faux-Laid qui les lui avait transmis. Encore trois années s’écoulèrent. Jusqu’à ce qu’un beau monsieur vienne la chercher. Il lui dit s’appeler Sun et être son père. Il lui parla de sa mère qui avait disparu la nuit de sa naissance...