29/05/2007

Stage d'écriture de nouvelle - Février 2003

C'était mon premier stage d'écriture collective... Sur le thème de la nouvelle. C'était en Février 2003, dans un petit village de Corse... Sous la neige...

 

                           Cloques à l'âme

                                                   Ptit extrait :

 

I. L'arrivée de Serena

Silhouette féminine qui se découpe à l'avant d'un bateau... Echarpe de soie qui glisse le long de ses épaules jusqu'à s'envoler vers la mer. Plongée dans un état de mélancolie, elle laisse vagabonder son esprit. Jusqu'à se revoir, petite fille au corps longiligne drapé dans le manteau noir du grand-père. Vingt longues années se sont écoulées depuis son départ. Aujourd'hui, la voilà de retour. En quête d'elle-même, à la recherche d'une vérité qu'elle n'a pas su trouver ailleurs. Pourquoi revenir sur les lieux de l'enfance ? Elle ne saurait répondre. Tout est étrangement emmêlé dans sa tête. Un événement pourtant est à l'origine de ce voyage. La condamnation d'un homme qu'elle a aimé comme un père, mais davantage que son père. Normal puisque ce dernier était absent, rattaché à aucun souvenir. Ni bon, ni mauvais. Ses poings se serrent. Ses ongles s'enfoncent dans les paumes de ses mains. Sa bouche se crispe. Elle se sent coupable. De quoi ? Elle ne saurait dire tellement cela est enfoui dans le tréfonds de ses souvenirs. Elle veut savoir. Parce qu'elle sait que tant qu'elle n'aura pas remué la vase de son histoire, sa vie ne pourra poursuivre son cours. Derrière elle, des bruits de conversation lui parviennent sans qu'elle y attache la moindre importance. Elle est entièrement absorbée par ses pensées. Son angoisse est telle qu'elle la coupe du monde qui l'entoure.

 

Elle revoit sa grand-mère au coin du feu. C'est elle qui l'a élevée, elle qui lui préparait tous ces bons gâteaux. Elle revoit aussi un chemin bordé de fleurs... Comme elle aimait s'y promener lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant. Enfance lourde à porter pourtant. Parce que du flou, des pointillés, des mises entre parenthèses de périodes de sa vie dont elle garde en mémoire quelques bribes. Sont-elles bien réelles ou bien issues de son imagination ? Elle ne saurait dire tant les silences auxquels elle s'est trouvée confrontée dès l'âge de dix ans sont restés à jamais figés. Autant de questions restées sans réponses. Et auxquelles il a bien fallu qu'elle réponde, malgré tout. Elle sait que revenir là où tout a commencé comporte un danger pourtant. La vérité fait peur. Elle appréhende de se retrouver dans le village de son enfance. Même si elle sait devoir en passer par là. Est-elle préparée à cette immersion dans les ténèbres ? Elle en doute. Mais c'est le prix à payer si elle veut désenfouir les secrets de l'éternel. Et arrêter de naviguer en plein brouillard... Voyant les côtes s'approcher au loin, Serena laisse là ses pensées et décide de retourner à l'intérieur du bateau. En se retournant, elle se heurte à une petite fille. Cette dernière doit être âgée d'une dizaine d'années seulement et Serena lui demande si quelqu'un l'accompagne ou bien si elle s'est perdue. Et comme la fillette lui répond qu'elle voyage bien toute seule, Serena aperçoit ses boucles d'oreille en partie masquées par une cascade de boucles brunes. Et à nouveau, elle se trouve ramenée des années en arrière...

 

C'est l'heure. Vite, vite. Je m'habille. Je me fais toute jolie. Cette robe? Non. La bleue me va mieux. Des couettes ? Non. Deux nattes bien sages. Avec des petits noeuds assortis à la robe. Les chaussures ? Mes noires vernies. Voilà, ça y est. Enfin prête. Je cours presque sur le chemin des glycines. Je vois la maison aux volets verts. Ah ! Il y a de la lumière au rez-de-chaussée. Il est arrivé. Il m'attend ? J'arrive devant la porte d'entrée. Comme toujours, elle n'est pas fermée à clé. J'hésite... J'ai à la fois hâte de le revoir et suis toute intimidée d'un coup. Il est si grand et si beau Henri. Peut-être qu'il m'a ramené une surprise de son dernier voyage ? Bon, allez, je rentre... Ouaah !!! Y'a des lumières colorées de partout. Et des guirlandes. Oh et les bougies qui sentent la vanille. Et puis la fraise aussi tiens. Je me retourne d'un coup en entendant ses pas derrière moi. Je ne peux me retenir. Je cours et je me jette dans ses bras. Tant pis pour la retenue. Si mamie était là, elle me dirait "Violette, enfin, tu te crois où ? ". Mais bon, elle est pas là et puis moi j'en ai marre de ne jamais laisser parler mon coeur. Et là, mon coeur bat si fort que j'ai la tête qui tourne. Il m'a tellement manqué Henri. Je me suis habituée à lui et quand il n'est pas là, c'est plus pareil la vie. Alors, quand je me retrouve à nouveau dans ses bras, c'est comme si l'absence n'avait duré que quelques instants seulement. Puis il me repose par terre. Comme il me sourit... c'est beau. Cela me fait tellement de bien. Et il m'appelle son petit papillon. Il me souhaite un joyeux anniversaire en me tendant un petit paquet. J'hésite à l'ouvrir même si j'en meurs d'envie. Je me retiens, sinon je vais arracher le joli papier. Il m'encourage d'un signe de tête amusé. Enfin, je me décide et déballe avec précaution une jolie boîte mauve. Henri me dit qu'elle est en onyx. Déjà, j'imagine ce que je vais bien pouvoir mettre à l'intérieur quand il me dit que justement il y a quelque chose dedans. Etonnée d'avoir encore un cadeau, je me dépêche de faire ce qu'il m'a dit. Mes doigts tâtonnent jusqu'à sentir deux petits objets. Quand je les vois enfin, je laisse échapper un petit cri. Henri a l'air content. Moi, je le suis un peu moins quand je réalise que je ne vais pas pouvoir étrenner mes jolies boucles. Ben oui, elles sont pas trouées mes oreilles ! A moins que... "Dis, Henri. T'as pas un clou et un marteau ? "...

 

Serena ne peux s'empêcher de sourire à l'évocation de ce jour lointain. Reste la curiosité au sujet de la petite fille qui dit s'appeler Lucie. Ces boucles qu'elle porte ressemblent étrangement à celles que Henri a offert à Serena/Violette pour ses dix ans. Et leur forme en papillon est trop particulière. Serena suppose un lien entre Henri et Lucie. De quelle nature est ce lien ?

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